Le terrorisme et la criminalité organisée peuvent présenter certaines similitudes, mais ce sont des phénomènes très différents. La criminalité organisée est comprise comme une façon de commettre des crimes qui nécessitent un certain niveau de planification et la participation conjointe et coordonnée de plusieurs personnes. Le terrorisme, en revanche, est une forme de lutte violente contre les civils et poursuit généralement des objectifs politiques. Elle cherche à confondre, effrayer ou irriter une population ou ses dirigeants, à capter l’attention de l’opinion publique internationale. Semer le doute sur la légitimité d’un régime politique. Pour provoquer des conflits internes dans les sociétés menacées et pour mobiliser les sympathisants de la cause. Dans les paragraphes suivants, on va examiner la différence entre le terrorisme et le crime organisé.

Différences et similitudes entre le terrorisme et la criminalité organisée

– Que veut le terrorisme ?

L’objectif principal du crime organisé est le profit. Les organisations criminelles essaient d’obtenir de l’argent, plus elles en ont, mieux c’est. Le terrorisme, en revanche, poursuit des objectifs politiques, tels que le changement d’un système, l’indépendance ou un avantage politique ou religieux. Toutefois, il existe également des similitudes entre le terrorisme et le crime organisé. Par exemple, les organisations terroristes ont également besoin d’argent pour financer leur lutte armée. Pour acheter des armes, des munitions, pour effectuer des recrutements et soutenir la propagande, pour préparer des attaques, etc. Et le crime organisé peut affecter la politique et le fonctionnement des institutions publiques. En revanche, l’influence dans la sphère politique est différente. Le crime organisé tente de tirer profit de l’ordre établi et a intérêt à le maintenir car il connaît et contrôle les structures de corruption. Le terrorisme, au contraire, vise à transformer ou à déstabiliser les institutions existantes ou à forcer ses représentants à prendre des décisions et des mesures qui peuvent faire avancer leur propre cause.

– Fréquence des activités criminelles

Le terrorisme et le crime organisé cherchent à réaliser des profits économiques et à influencer les activités politiques. La grande différence est que si l’obtention d’argent est le principal objectif du crime organisé, pour le terrorisme, le but ultime est politique. Dans tous les cas, ils sont tous deux auteurs d’activités violentes. Une autre nuance intéressante est que le crime organisé agit plus souvent que le terrorisme. En d’autres termes, les crimes commis par des organisations criminelles sont plus fréquents que ceux commis par des groupes terroristes. En effet, la criminalité organisée ne peut que s’enrichir si elle continue à agir. Au contraire, les attentats terroristes représentent une perte, une dépense, tant matérielle qu’humaine (comme dans le cas des missions suicides). Les groupes terroristes préfèrent généralement frapper moins souvent, mais s’assurent qu’ils produisent le plus grand impact possible.

– L’usage de la violence

Une dernière différence entre le terrorisme et le crime organisé réside dans la manière dont la violence est exercée. L’efficacité d’une attaque terroriste dépend de son impact, qui touche un large public. Relativement peu de personnes sont attaquées pour en intimider beaucoup. Plus une attaque est spectaculaire, plus son poids médiatique et politique sera important, car elle attirera un maximum d’attention et de publicité. Au contraire, si l’attentat fait trop de victimes, il peut être contre-productif, car au lieu de gagner des adeptes, il pourrait favoriser un sentiment de haine et de rejet. Pour sa part, le crime organisé privilégie l’anonymat. Les voleurs et les mafiosi cherchent à perpétrer leurs crimes sans être identifiés, afin de ne pas mettre en danger l’ensemble de l’organisation. La violence de la criminalité organisée tend à éviter les projecteurs et si elle le fait, ce type de publicité n’est jamais délibérément recherché.

En bref, bien que le terrorisme et le crime organisé partagent certaines caractéristiques, ils présentent également de nombreuses différences décisives. En particulier, bien qu’ils partagent certains instruments, leur but ultime est différent. Le crime organisé cherche à en tirer un profit financier. Le terrorisme se bat pour le changement au niveau politique. En outre, l’activité du crime organisé est plus fréquente et la violence est généralement anonyme, tandis que le terrorisme tente de rendre son activité visible de la manière la plus théâtrale et avec un symbolisme élevé.

La réseautique terroriste

Le terrorisme est un sujet très complexe qui soulève une importante série de difficultés dans son analyse. Un des obstacles les plus grands tient d’ailleurs à sa définition même. Le concept de terrorisme est flou et aucune définition ne fait consensus à ce jour. Pour le bien de cet article, nous ne rentrerons pas dans le débat sur la définition du phénomène. Nous emploierons plutôt une définition que nous jugeons utile et pouvant être aisément instrumentalisée pour notre analyse. La définition retenue sera celle avancée par l’Organisation des Nations Unies (ONU), son caractère internationaliste ayant influencé ce choix. Sera donc considéré comme terrorisme : tout acte destiné à tuer ou blesser grièvement un civil, ou tout autre personne qui ne participe pas directement aux hostilités dans un conflit armé, lorsque, par sa nature ou son contexte, cet acte vise à intimider ou à contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou s’abstenir d’accomplir un acte quelconque. Si cette définition illustre un caractère essentiellement fonctionnel, il est clair qu’elle demeure académiquement imprécise. Toutefois, elle nous permet de situer le concept de terrorisme. Comme les auteurs le démontrent, il existe différents types de réseaux terroristes. Selon les auteurs, quatre modèles de réseaux peuvent être définis : les réseaux en chaîne, les réseaux en étoile, les réseaux franchisés et les réseaux à matrice complexe. Chacun d’entre eux comporte des avantages et des inconvénients. Dans les modèles proposés par les auteurs, on voit que l’importance stratégique des nœuds réseautiques varie en fonction du modèle structurel adopté par l’organisation.

  • Les nœuds critiques : représentent les têtes des groupes terroristes. C’est à ce niveau que les décisions les plus importantes du groupe sont prises. Ces nœuds ne sont pas nécessaires au bon fonctionnement de l’organisation terroriste, mais ils contribuent à pousser le groupe dans des démarches innovatrices, tout en le conduisant à suivre des objectifs clairs et communs.

  • Les nœuds névralgiques : ce palier hiérarchique fait référence aux cadres des réseaux terroristes. Ils ont pour principale fonction de transposer les idées provenant du haut de l’organisation en gestes pragmatiques. Ainsi, ce sont les cadres qui veillent à la mise sur pied des actions terroristes au quotidien (attentats, recrutement, entraînement, acquisition de matériel) tout en s’assurant que les actions du groupe cadrent avec les volontés des têtes dirigeantes.

  • Les nœuds opérationnels : correspondent aux soldats des organisations terroristes. C’est à ce palier hiérarchique que se trouvent les individus qui commettent les attentats. Étant plus susceptibles de se faire arrêter par les autorités, ces membres de l’organisation terroriste ont habituellement moins de responsabilités et savent peu de choses des objectifs stratégiques du groupe.