Si le monde entier a déjà entendu parler de l’Ordre de Malte et connaît son emblème, ses missions et ses critères de recrutement restent, eux, entourés d’une aura de mystère. Antoine de Meaux a enquêté sur les 900 ans d’histoire de cette institution qui regroupe quelque 13 000 membres dans plus de 120 pays. L’Ordre compte également un Etat souverain et une organisation militaire et religieuse qui mène à travers le monde des actions humanitaires et médico-sociales. Au départ réservé aux familles aristocrates, l’Ordre de Malte vit avec son temps et est aujourd’hui ouvert à tous. Co-fondateur du Samu social, voilà déjà bien longtemps que l’Ordre a fait ses preuves sur le plan humanitaire.

L’origine de l’Ordre est au monastère Sainte-Marie-des-Latins, fondé à Jérusalem au milieu du XIe siècle par des marchands amalfitains. Vers 1080, Gérard, supérieur du monastère crée un «hôpital» ou hospice, dédié à saint Jean, à côté du monastère. Le rôle de cet hospice est d’accueillir et de soigner les pèlerins chrétiens venus accomplir le «voyage de Terre Sainte». Jérusalem est alors sous domination musulmane. La première Croisade de 1099 fait passer la ville sous la domination chrétienne, mais renforce l’insécurité dans la région. Les frères hospitaliers, reconnus comme ordre monastique le 15 février 1113 par le pape Pascal II, deviennent vite des chevaliers hospitaliers.

C’est le second ordre militaire de Terre Sainte après les Templiers fondés vers 1120. C’est le maître Hospitalier Raymond du Puy (mort vers 1160) qui transforme l’Ordre charitable en ordre militaire. Sur sa demande le pape Innocent IIattribue aux Hospitaliers le drapeau à croix blanche en 1130 pour les différencier des Templiers qui portent la croix rouge.

Hospitaliers et Templiers jouent alors, et ce jusqu’au XIIIe siècle, un rôle de premier plan sur l’échiquier politique du royaume de Jérusalem. En 1137, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Bath-Gibelin ; en 1142 celle du krak des Chevaliers. Leur structure militaire et leurs places fortes ont fait des Hospitaliers une armée très efficace, mais n’hésitant pas à s’ingérer dans la conduite du royaume, formant à la cour un véritable «parti de la guerre». Parti de la guerre qui s’oppose aux «poulains» ces seigneurs francs nés en Terre Sainte, et plus favorables à une entente avec les musulmans.

La puissance de l’Ordre vient avant tout de ses possessions en Occident. En effet, sa double vocation, militaire et monastique, lui attire les faveurs de l’aristocratie, qui se sent plus proche de ces moines-chevaliers que des institutions ecclésiastiques. Cela est particulièrement frappant dans le Midi de la France et dans la péninsule ibérique.