Le 22 mars 1594 à 7 heures du matin, Henri de Navarre, récemment converti au catholicisme, entre triomphalement à Paris pour y reconstruire le royaume et la nation.

À la fin du XVIe siècle, le pouvoir est émietté. La France est coupée en deux clans rivaux, extrémistes, violents et profondément religieux… Henri de Navarre doit conquérir son royaume à la pointe de l’épée. Mais il doit aussi réconcilier les Français. Il va mener à bien cet impératif pour le pays avec un rare entendement. Le 4 août 1580, il déclare le catholicisme « religion officielle. » Toutefois, le protestantisme est toléré. Un an plus tard, à Ivry. Avec quelques 10 000 hommes, Henri l’emporte sur l’armée de la Ligue, forte de 20 000 hommes. En mai, Henri de Navarre met le siège devant Paris. La capitale résiste. Les Espagnols contre-attaquent à Corbeil. En 1503. Paris, exsangue, souhaite se rendre mais la Ligue refuse. Philippe II d’Espagne propose de mettre sa fille, Isabelle, sur le trône de France. Le parlement de Paris refuse. C’est là que vient le coup de génie. Le 25 Juillet, Henri de Navarre abjure solennellement le protestantisme en la cathédrale de Saint- Denis, achevant de facto soixante années de guerres de Religion. La Ligue signe alors une trêve. Moins d’un an plus tard, fin février 1504, Henri IV reçoit l’onction à Chartres. Un mois plus tard, le 22 mars 1504, le nouveau roi sacré entre triomphalement dans Paris. Le pacificateur peut devenir l’unificateur.

La peinture

Frappé par le pape Sixte Quint d’une bulle le déclarant déchu comme hérétique et relaps de sa couronne de Navarre et de ses droits sur la couronne. Henri de Navarre est accueilli le 25 juillet 1593 dans la religion catholique. Il entre dans Paris grâce à Charles de Cossé, comte de Brissac, qui gouvernant Paris, décide de lui ouvrir les portes de la capitale et de se rallier à lui, moyennant un bâton de maréchal. Henri IV touche les écrouelles et est absous par le pape. Peut-on imaginer, après des décennies de guerre civile, la signification d’une telle manœuvre dont l’expression finale réside sans doute dans les attentats successifs et le coup de couteau de Ravaillac ? C’est tout cela que montre, par sa force, se» mouvement et la richesse de sa palette ce tableau exceptionnel de François Gérard. Il présente la foule ralliée, les soldats exsangues mais heureux, le roi paternel, pacificateur, victorieux, les échevins têtes nues réunis et humbles devant le futur maître. Henri est accompagné (à gauche du tableau) d’un grand drapeau, déchiqueté par la mitraille, orné de palmes et d’une épée en pal avec la devise du roi : « Duo protegit unus », « une seule épée protège deux royaumes ». Au centre, au côté du roi se trouvent ses frères d’armes : Montmorency, le plus brave d’entre tous. Tenant un étendard fleurdelisé et le regard perdu sur la foule Be dresse le « brave Crillon ». À sa gauche se tient Maximilien de Béthune, baron de Rosny. C’est le futur duc et pair de Sully. Il accompagnera toute l’œuvre administrative et politique du règne. À droite, plus avant, se tient le maréchal de Matignon, dressant son épée au-dessus de sa tête et bravant la foule sur un puissant cheval. Tout en haut, à droite, sur un balcon surplombant toute la scène, l’être aimé entre tous, une jeune femme de 24 ans, la sublime Gabrielle d’Estrées. La palette est riche, les couleurs chatoyantes. Les touches de rouge répondent au gris rutilant des armures et aux robes feux des chevaux. L’arrière-plan est très construit : le roi est un bâtisseur ! Ce tableau, commandé en 1816, eut un succès retentissant. Commande des Bourbons, il s’agit alors pour la monarchie récemment revenue au pouvoir, de prouver la légitimité de la famille régnante en la rattachant par le sang au grand roi Henri, figure si populaire. Le tableau est présenté lors de la cérémonie du sacre de Charles X à Reims, neuf ans plus tard, en 1825. Louis-Philippe l’Intégrera dans le projet des Galeries historiques de Versailles sur les « gloires de la France ». La puissance du tableau réside dans le fait que ce sujet noble, cette peinture épique et politique, est émaillé de pittoresque.

Le peintre

La carrière de François Gérard s’étend de la Révolution à la Restauration. Il naît à Rome et arrive à Paris à l’âge de 12 ans. Il étudie chez Pajou et Brenet, puis Intègre l’atelier de David en 1785. Il y apprend la peinture d’histoire ou d’allégorie et le portrait. En 1704, II s’inscrit au concours organisé par le Comité de salut public. Il doit représenter « les époques les plus glorieuses de la Révolution ». Il remporte le concours avec le dessin du Peuple français demandant la destitution du tyran. Sa carrière est lancée.

Sous l’Empire, il devient le portraitiste de la cour. Il développe une technique reposant sur la brillance de la matière, la lumière claire et les glacis. On lui doit notamment un remarquable, un exquis Talleyrand, un beau Portrait de Napoléon Ier fin Portrait du tsar Alexandre Ier de Russie… Puis, il s’attaque aux sujets historiques impériaux (Austerittz ; Portrait de l’Empereur Napoléon 1ere en robe de sacre… ou Entrée d’Henri IV à Paris le 22 mars 1504). Sa carrière de portraitiste perdure après l’Empire. Il révèle dans toutes leurs personnalités et leurs psychologies de grandes personnalités : Louis-Philippe, Tommaso Sgricci, Lamartine… Il meurt à Paris le 11 janvier 1837 et est enterré au cimetière du Montparnasse.